« Non, non je ne veux pas que tu me touche, pas que tu m'embrasse. Pas maintenant. Pas ce soir.. Non pas ce soir parce que je sais que ce soir je ne resterais pas dormir. Sauf que tu vois je ne veux pas que tu me baise pour ensuite partir. Je ne sais pas ce que je vaux, mais je sais juste que je mérite mieux que ça. Mieux qu'être une fille qu'on baise et qu'on laisse en plan, là seule à ruminer toutes ces pensées obscures. Oui mon grand je suis peut être toujours en train de sourire, de parler, de rire, tout ce que tu veux; mais c'est seulement pour oublier toutes ces idées noires qui sont enfouies dans mon crâne.
Tu sais, je ne me suis jamais sentie vraiment aimé, que ce soit durant mon enfance, ou mon adolescence. Et ne pas se sentir aimer c'est au final ne pas s'aimer. Je me suis même détestée certains jours. Je n'ai jamais cru qu'on pouvais m'aimer moi. Non aimer une fille comme moi était une idée impossible et désagréable parce qu'au fond j'ai toujours su que si un jour cela m'arriverais - et je savais que ce jour viendrait - cette personne finirait par m'abandonner.
Vois tu un jour un homme est arrivé justement. Il m'a fait connaitre le bonheur et l'amour au point il est si grand qu'il fini par en faire mal. Tu sais trop aimer les gens qu'on aime fini toujours par faire mal. Voilà j'aimais trop, tellement que j'ai fini par aimer mal. Et à mal aimer on fini toujours par se bouffer le bitume en pleine face. Oui j'ai morflé, pire que ça même. C'était une douleur constante, écrasante, terrifiante, je pouvais la comparer à la mer quand elle se déchaine. Une mer dans laquelle on est prise en pleine tempête sans gilet de sauvetage. On est pris dans les vagues trop fortes pour nous, on coule, on use de ses forces pour remonter à la surface, mais une autre vague est là plus forte encore que toutes les autres. Et on coule, on coule.. La seule chose à faire c'est de couler encore jusqu'au moment d'atteindre le fond. Et une fois que le fond se matérialise sous nos pieds, donner ce petit coup de talon qui nous aidera à remonter à la surface.
Mais ça seulement en pleine action on ne le sait pas que ce fond nous attend. Alors on lutte de toutes ces forces. J'ai lutté, beaucoup trop. Retenir ses larmes en public, ne jamais en parler, faire semblant d'aller bien, faire la fête avec le sourire mais sans le cœur; j'ai fais tout ça. Je me suis noyée seule, comme une grande. Loin de la mer j'ai réussis à me noyer. Au point d'étouffer, de ne plus pouvoir respirer, d'avoir le cœur qui éclate une fois seule. Toutes ces douleurs je les ai ressenties, réellement. Oui comme ces douleurs hollywoodiennes plus fleurs bleues les une que les autres, qui me faisaient rire. C'est là que j'ai compris. Oui le cerveau est bien plus fort que notre corps tout entier. Car cette douleur mentale s'est transformée en douleur physique. J'ai coulé, j'ai laissé coulé. Jusqu'à ce que cette douleur se décide à me laisse un peu de répit. Et un jour je me suis réveillée, je me suis dis « merde, ma pauvre fille t'es vraiment trop conne ! Te laisser abattre comme ça ! Putain mais bouge toi de là et va affronter tes peurs, toi qui est si forte pour donner des conseils aux autres ! Bordel mais bouge et va la voir cette douleur, cette peur dans les yeux et dis lui merde une bonne fois pour toute ! » .
Voilà, je suis allée voir la mer. Et une fois devant, je l'ai trouvée calme. Et là je me suis sentie apaisée, sereine. Je vais devoir avancer, seule. Et puis j'ai ensuite relativisé. "J'ai 17ans, 18 à la fin de l'année, j'ai mon bac en poche, un avenir étudiant dans une autre ville qui m'attends. Que demander de mieux ?" Bon bien entendu il a quand même fallut que je vérifie afin de voir si j'avais vraiment mûris, si j'avais su vaincre le mal par le mal, si j'étais capable. Alors comment vaincre le manque d'un homme ? Vaincre le mal par le mal. L'absence d'un homme se comble avec la présence d'un autre. Je n'ai jamais cru aux comptes de fées, à l'amour unique et éternel; alors pourquoi ma vie se serai stoppée à 17 ans pour un homme qui ne voulait plus de moi ? Ce n'allait pas forcément être facile mais je l'ai fait. Je suis allée voir un autre homme, deux mois jours pour jours après ma rupture. Et tu sais quoi ? J'ai aimé ça. Pire que tout j'ai aimé, sans me poser de questions. Oui voilà, j'aime les hommes mais surtout j'aime le sexe.
Sauf que vois-tu j'aime le sexe, mais je ne peux coucher avec un seul homme. Un cœur c'est fragile surtout quand il a déjà été mis en miettes. Un seul homme ou comment souffrir à l'avenir. Donc la solution la plus simple c'est d'avoir plusieurs hommes, comme moi en ce moment. Et voilà la raison pour laquelle je ne veux pas que tu me baise ce soir. Parce que je ne veux pas baiser avec quelqu'un. Je veux lui faire l'amour. Baiser c'est bon pour les putes. Et je mérite mieux que ça. Je ne suis peut être pas le genre de fille qu'on présente à ses parents, à qui on dit des mots d'amour. Mais je ne suis surtout pas une fille qu'on prend, qu'on retourne et qu'on expédie. C'est ma seule façon de me sentir aimée, le temps d'une nuit. Une nuit de temps en temps et de la complicité. Il ne me faut rien de plus. La seule façon que j'ai de me sentir digne et bien dans ma peau c'est l'accord d'une nuit, comme si la suivante allait être pareille; tout en sachant qu'au matin il faudra partir mais qu'on se reverra plus tard. Voilà, je refuse que ce soir tu me baise comme une pute, parce que je vaux bien mieux que ça, parce que j'ai ma dignité et parce que si je dois partir sans rester la nuit; une fois dans le noir j'étoufferais, de nouveau noyée par mes idées lugubres. Et je refuse de me laisser abattre comme avant, je fais tout pour rester debout, et crois moi ce n'est pas un pauvre petit salaud ordinaire dans ton genre qui va me faire mettre à genoux encore une fois au moment où tu partiras toi aussi. Ça non, une fois ton avion prit je penserais à toi; sans doute penseras-tu à moi parfois, mais au moins nous garderons - je l'espère - un bon souvenir l'un de l'autre. Alors ne gâche pas tout et laisse moi partir sans m'embrasser ou alors demande moi de rester. Parce que de retour chez moi, tu me manqueras. Peut être trop, mais au moins si tu me laisse partir avec ma fierté, je la garderais jusqu'au bout afin de ne pas admettre que tu me manque, sans doute un peu plus chaque jour. »

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